Intentions de mise en scène

      Notre souhait en reprenant ce spectacle 18 ans après l’avoir créé est de retrouver l’esprit, l’atmosphère, la justesse qui avaient convaincu Harold Pinter, que nous savions d’une très grande exigence quant aux représentations de son œuvre. Harold PINTER avait assisté à une de nos 80 représentations, plus précisément le 8 mars 1998. Il s’était invité sur scène aux saluts, avait échangé longuement avec nous en coulisses, nous avait finalement invité à la Première de Ashes to Ashes qu’il mettait alors en scène au théâtre du Rond - Point.

        Nous avons souhaité rendre hommage à Harold Pinter en mettant en scène La Collection suivi de L’Amant 50 ans après leur création à Paris; oeuvres jouées alors conjointement. Sobriété, respect absolu de l’écriture de Pinter que nous avions déjà revisitée avec Trahisons en 2005, il s’agit pour notre compagnie de rester fidèle à ce que le dramaturge avait partagé avec nous.

      La Collection et L'Amant offrent entre sous-entendus et stratégies, deux aspects du talent d'Harold Pinter, créateur d'un monde sclérosé où l'homme dans sa solitude, dans sa peur des autres se dissimule, joue, feint et se détruit. Ces deux histoires sont en fait des ébauches. Les personnages se croisent sans jamais réellement se rencontrer. Il s'agit d'un théâtre de tensions opposées où vacillent la comédie et le drame, l'ironie et les larmes, le silence et la parole.

Ce sont surtout des protagonistes-antagonistes qui restent définitivement dans
l'incapacité de se comprendre, de se rejoindre.

 

La Collection (Londres)

        La scène est divisée en deux espaces : l'un représentant l'appartement de James et Stella Horne, étroit, froid, métallique; l'autre, le salon de la villa de Harry Kane, dans laquelle il a accueilli Bill Lloyd ; lieu feutré et chaud en apparence.

       Les intérieurs que le spectateur va découvrir sont les reflets des personnalités qui les habitent.

        Il nous a semblé évident de caractériser précisément ces deux habitations en jouant à la fois sur la disposition des objets, des meubles, de leurs couleurs respectivement glaciales pour l'appartement de James et Stella, plus chaudes pour la villa de Harry et de Bill.

        La pièce est une succession de scènes relativement courtes, de scènes de vie qui se déroulent simultanément si bien que le spectateur garde un oeil sur l'un et l'autre de ces espaces clos.

        Le téléphone déclenche le chassé croisé entre les différents personnages. La sonnerie d'une porte d'entrée permet l'intrusion d'un protagoniste ou d'un antagoniste dans l'un ou l'autre des univers.

        Autant de bruits vecteurs de provocation auxquels se mêlent quelques rares notes de Jazz, également reflets des sentiments intérieurs des personnages.

 

L'Amant (Windsor)

        La scène représente le salon  de Richard et de Sarah, lieu qui rappelle l'univers de James et Stella Horne, comme si, au fond, il s'agissait du même couple, à une autre période de leur existence, vivant une situation ambiguë que La Collection mettait déjà en exergue.

        Dans la même lignée que la pièce précédente, puisqu'elle peut en être la continuité, le décor, les bruits et les notes de musique ont les mêmes significations explicitées précédemment.

         Le travail des comédiens et de la mise en scène s'attache à une situation certes différente, mais n'oublient jamais que La Collection et L'Amant sont en correspondance et pourraient former une seule et même pièce.

        La mise en scène met en lumière le drame de chaque personnage, par un travail en profondeur, si bien que chaque trait des personnalités en présence se révèle, s'oppose, sans se rejoindre.

        Les acteurs doivent à la fois vivre seuls leur situation et rester attentifs à la présence des autres pour que la pièce puisse atteindre la fluidité de cette écriture qui sépare d'emblée deux vies, deux lieux, deux mondes.

        Le texte épuré, si quotidien en apparence, se suffit presque à lui-même et nécessite un travail de précision dont le maître mot reste la sobriété. Le respect de  la partition de Pinter s’impose d’elle-même.